Avant-propos
Le Duo Spinosi
Josiane Rabemananjara et Philippe Spinosi
Dès la création de leur duo Josiane Rabemananjara et Philippe Spinosi sont très vite remarqués pour la très grande musicalité et l'esprit de musique de chambre qu'ils insufflent au duo de guitare. Sensibilité, intelligence musicale et virtuosité sont unanimement saluées par la critique.
Profondément marqués par leur rencontre avec l'immense guitariste Sergio Assad, ils se forgent une place particulière dans l'univers de la guitare classique, par des choix artistiques exigeants et recherchés. Ils privilégient les œuvres originales sur les transcriptions sans toutefois les exclure. Par des options interprétatives audacieuses, ils savent si nécessaire s'affranchir des règles de la tradition guitaristique. Pour le répertoire ancien, ils ont choisi l'option des instruments d'époque. Leur perpétuelle exploration du répertoire original pour duo de guitare les amène à enregistrer
Années 50, un CD consacré à la musique française originale pour deux guitares autour de 1850 et 1950, unanimement salué par la critique. Leur travail actuel porte sur le génial guitariste Français de la fin du XVIIIe siècle, Antoine de Lhoyer. Leur enregistrement de ses duos opus 31 et du concerto opus 16 (en première mondiale) est à paraître, ainsi que les premières éditions modernes, en collaboration avec les
Éditions Buissonnières.
Le Duo Spinosi est:
- Lauréat de la Fondation Yehudi Menuhin,
- Premier Prix premier nommé du Concours International de Duos de Guitare de Bubenreuth (Allemagne)
- Lauréats du Concours international de guitare en duo de Montélimar,
- Premier prix du Concours de musique de chambre de l'U.F.A.M. (Paris),
- Lauréat boursier du Concours de musique de chambre «Musique d'Ensemble» (Paris-Rueil).
Le duo s'est produit aux États-Unis, en Allemagne, en Irlande, en Tunisie, au Maroc, à Chypre, au Liban, en Syrie, à Madagascar, à l'Île Maurice, etc. En France, ils ont donné 180concerts pour les Jeunesses Musicales de France (JMF). Ils sont aussi invités par des festivals comme les Flâneries Musicales de Reims, ou les Nuits de la Guitare de Patrimonio ainsi qu'à la télévision et la radio (France 2, France-Musiques, France Inter...).
Antoine de Lhoyer (1768-1852)
Guitariste, compositeur, Garde de la Manche du Roi Chevalier de l'ordre de Saint-Louis et de St. Jean de Jérusalem, Lieutenant du Roi... Cette énumération reflète bien le tourbillon dans lequel s'enroule la vie d'Antoine de Lhoyer. Né sous Louis XV, mort sous Napoléon III, il connut le faste des cours royales et impériales d'Europe, l'horreur des champs de batailles, vécut tous les grands bouleversements de la révolution, l'exil, le retour, l'espoir d'une reconnaissance, et probablement, à la fin de sa vie, l'inquiétude, la misère et la faim. Mais ce qui nous frappe le plus, c'est qu'en traversant cette épopée, il a toujours gardé une guitare auprès de lui. Il ne s'est jamais détourné de cet instrument qui l'a suivi partout et pour lequel il nous a légué des pages de musique passionnante, qui sont restées longtemps dans l'obscurité des bibliothèques, et que nous nous attachons maintenant à vous livrer.
En France, presque personne ne semblait jusqu'à aujourd'hui connaître Antoine de Lhoyer. Le vrai retour en grâce du musicien dans son pays natal est dû essentiellement au travail immense de Philippe Faure. Après de longues recherches sur la famille de Lhoyer, il a été le premier à établir une biographie très détaillée du musicien. Il a rassemblé avec patience la plus grande partie de ses œuvres, soit une cinquantaine d'opus. Qu'il soit permis de lui rendre ici un hommage chaleureux, pour sa contribution majeure à la renaissance de cette part du patrimoine musical et guitaristique français.
Biographie succincte
Pour une connaissance approfondie de la vie d'Antoine de Lhoyer, nous conseillons de se reporter à la biographie complète que Philippe Faure s'apprête à publier.
Antoine de Lhoyer est né à Clermont-Ferrand en 1768 dans un petit hôtel particulier de la rue Beauregard, en fait une petite ruelle étroite située à deux pas de la cathédrale. Il est le fils du seigneur de Clerzat.
Ce nom est aussi celui de l'autre résidence des parents d'Antoine : le château de Clerzat, situé a quelques kilomètres de Clermont-Ferrand. L'enfance d'Antoine se partagera entre ces deux demeures. Il étudie très jeune la musique sur le clavecin familial, puis la guitare. L'un de ses premiers maîtres fut très probablement le guitariste Pierre-Jean Porro. Fondateur à Paris du Journal de la Guitare, Porro était aussi l'un des professeurs de musique à l'École royale et militaire d'Effiat, près de Clermont. Le jeune Antoine ayant vraisemblablement suivi des cours privés de ces professeurs, sa vocation pour la guitare a pu naître de la fréquentation de Porro.
En 1774, débute la période parisienne de la vie d'Antoine de Lhoyer. Il côtoiera les acteurs de la vie guitaristique parisienne alors intense. Porro, mais aussi Alberti, Pierre-Joseph Baillon, François Vincent Corbelin, Les frères Merchi et Vidal. Antoine obtient de ses parents l'autorisation de partir en voyage d'étude pour se perfectionner dans son art. Il visite les grandes capitales européennes. On sait qu'il intégra ensuite une troupe de comédiens français qui se produisaient beaucoup en France et en Europe. Au sein de cette troupe, il fait une halte prolongée à la cour du prince Henri de Prusse à Reinberg, homme éclairé, mécène des arts et des lettres. Antoine de Lhoyer jouit alors d'une réputation de grand virtuose qui dépasse les frontières.
En 1789, il entre dans la garde de Louis XVI. Il quittera cette troupe d'élite en 1791, peu après le massacre des gardes par la foule ayant envahi Versailles le 6 octobre 1789. Commence pour Antoine une période militaire, dans les armées des Princes et dans celles de Condé, qui le conduira sur les grands champs de bataille européens. C'est là qu'il compose la
Grande Sonate pour la Guitare opus 12 et
Quatre Adagio pour Guitare avec accompagnement de violon. Il se trouve alors à Vienne. Blessé au combat, il perd l'usage de sa main droite pendant trois ans.
En 1800, l'armée dans laquelle il sert se disperse. Antoine de Lhoyer rejoint Hambourg. Durant quatre ans, il y vit de ses leçons de guitare et y publie quatre sonates, des romances et surtout le
Concerto opus 16.
En 1804, il rejoint la Cour de Saint-Pétersbourg où il deviendra l'un des artistes préféré de l'Empereur de Russie qui lui accorde une très grosse pension de musicien pendant dix ans. Cette période très féconde voit éclore des œuvres pour guitare solo et formation de chambre, ainsi que plusieurs recueils de romances pour voix et guitare. Il revient en France au service de Louis XVIII dont il sera un proche officier. Il est alors compagnon d'arme d'Alfred de Vigny, avec qui il escorte le Roi à Gand pendant les « Cent Jours ». Cette époque correspond à ses plus belles œuvres, en particulier les
Duos opus 31, dédiés à la Princesse de Croÿ-Solre. Puis, pour des raisons encore mal connues, il est écarté et envoyé dans des postes de province. Il sera successivement affecté à Niort, à l'Île d'Oléron, puis en Corse, à Saint-Florent et à Bonifacio. C'est là qu'il apprend la révolution de 1830 et l'abdication de Charles X qui précipiteront sans doute sa mise en retraite. Malgré les suppliques qu'il adresse à Paris, il doit quitter la Corse et se retrouve sans ressources. Il connaît alors une existence de plus en plus difficile.
Il meurt à Paris le 15 mars 1852 sans aucune ressource. Son corps est jeté dans une fosse commune au cimetière Montparnasse.
L'œuvre
Les recherches menées jusqu'à aujourd'hui ont mis à jour une quarantaine de partitions. La plupart sont conservées dans des bibliothèques étrangères (États-Unis, Russie, Allemagne...) et quelques-unes à la Bibliothèque nationale de France. On relève principalement des pièces pour guitare solo (ou bien en duo, trio et quatuor de guitares), des trios pour flûte, alto et guitare (ou bien violon alto et guitare), plusieurs sonates pour violon et guitare, des recueils de romances pour voix et guitare et un concerto pour guitare et orchestre.
Ancrée dans la tradition classique de la fin du XVIIIe siècle, sa musique et son inspiration foisonnante donnent une œuvre attachante, qui se démarque de celle des autres guitaristes de son époque. Son séjour en exil à Vienne, à la mort de Mozart et à l'aube de la carrière du jeune Beethoven, laisse indéniablement une trace dans le caractère de sa production.
Du point de vue formel, ses œuvres suivent très souvent le classique plan sonate, mais il sait trouver des tournures et des formules rythmiques vivantes qui font tout son intérêt. Contrairement à beaucoup de compositeurs guitaristes de son époque, il sait utiliser les ressources de la tonalité et les modulations. Lorsqu'il écrit pour deux guitares, il sort souvent du strict cadre de la mélodie accompagnée et imbrique avec science les deux parties en contrepoint, n'hésitant pas à écrire des parties mélodiques à la basse. Son écriture se distingue ainsi de celle de ses illustres contemporains, comme Sor ou Giuliani.
Jusqu'à son retour en France en 1814, Antoine de Lhoyer est resté fidèle à la guitare à cinq cordes. Quelques-unes de ses œuvres écrites pour la guitare à sept cordes sont la marque de son séjour en Russie. Les lieux de publication de ses œuvres varient avec l'errance de son exil. Les opus 12 à 18 sont publiés à Hambourg. Les opus suivants paraissent en Russie, et toute la fin de sa production, de l'opus 28 à 45, en France. Les opus 1 à 11 n'ont pour l'instant pas été localisés. Le chef-d'œuvre d'Antoine de Lhoyer se trouve dans les neuf opus consacrés aux duos. Il atteint là le sommet de son art et montre une maîtrise et un génie instrumental associé à une profondeur d'inspiration qui peut atteindre des sommets. Il maîtrise aussi bien les détails que la trajectoire générale, et n'hésite pas à créer l'événement par des ruptures de caractère. Il nous laisse une œuvre pour guitare d'une qualité rare, et qui est restée dans l'ombre jusqu'à aujourd'hui pour des raisons encore en partie mystérieuses.
Les Romances pour voix et guitare opus 24
Genre musical essentiellement français, la romance va connaître un développement foisonnant à partir de la seconde partie du xviiie siècle. Les premières romances françaises apparaissent autour de 1720. Poèmes en vers, chantés avec un accompagnement instrumental, ils racontent avec simplicité, délicatesse et une certaine tendresse des histoires d'amours languissants, contrariés ou perdus, dans un climat pastoral où la nature est omniprésente. Une touche d'antiquité, alors très en vogue, viens naïvement compléter le décor.
La plus célèbre des romances,
Plaisir d'amour, a été écrite par Florian sur une mélodie de Martini avec un accompagnement de guitare de La Chabeaussière. Des musiciens célèbres et de premier plan écriront des romances ou en intègreront dans leurs opéras. Citons Rousseau, Cherubini (romances tirées d'
Estelle de Florian), puis Gretry, Mehul (
Chant d'Amour et de douleur, l'Infortunée lyonnaise...), Gossec (
l'Amour piqué par une abeille...), d'Alayrac, Devienne, Spontini (
Toi dont l'amour d'un trait de flamme). Boieldieu (
Le ménestrel, Arbre charmant qui me rappelle...), etc.
D'autres musiciens ont bâti leur renommée grâce à la romance : Gaveaux (
Amédée et Adèle), Garat (
Éloge de l'absence, Le Ruisseau, Je l'aime tant...), Plantade, Romagnesi (
Belle rose, Angelus, Rêve, Je t'aime encore...). Quelques femmes compositeurs ont véritablement marqué le genre : Caroline Wuiet, Amélie Julie Périer (
Rose d'amour), et Hortense de Beauharnais (
Reposez vous beau chevalier...) sont les plus connues.
Véritables chansons populaires, certaines de ces romances étaient très célèbres. Leur publication se multiplie à la fin du XVIIIe siècle. On en trouve d'abondance dans l'opéra-comique français de l'époque. La guitare était alors l'instrument roi pour leur accompagnement. Berlioz, lui-même guitariste, en écrivit mais surtout en arrangea un grand nombre pour voix et guitare. Au XIXe siècle, la romance va évoluer sous l'influence du lied allemand vers la mélodie française, avec un assouplissement de la forme strophique et un plus grand raffinement du texte et de l'écriture de l'accompagnement. Là encore, Berlioz est présent avec
Les Nuits d'été sur des poèmes de Théophile Gautier. Puis Fauré et Gounod suivront ce mouvement qui culminera bien plus tard avec Debussy et Ravel. Bien que genre mineur, la romance est donc un maillon important dans l'évolution de la musique vocale française après 1780.
Antoine de Lhoyer, guitariste et compositeur, ne pouvait échapper au genre. Il n'écrira pourtant pas un grand nombre de romances. Seuls quatre recueils ont pour l'instant été recensés, tous composés pendant son long exil.
Deux recueils datent de son séjour à Hambourg :
Six Romances pour la guitare opus 14, dédiées à Madame Élisabeth Dreaubert éditées Chez Jean Auguste Böhme, ainsi que
Six Romances pour la guitare opus 15, dédiées à sa Mère : Madame A.S. Lhoyer éditées Chez Jean Auguste Böhme.
Les deux autres ont été composés à la Cour Impériale de St Petersbourg :
Six Romances nouvelles opus 20, Dédiées à Sa Majesté l'Impératrice Elisabeth Alexievna éditées à St Petersbourg Chez Dittmar ainsi que
Douze Romances nouvelles opus 24, éditées à St Petersbourg Chez Dalmas.
C'est à ces dernières que la présente édition est consacrée. Ces douze romances n'ont pas de dédicataire. Elles sont toutes consacrées à l'amour, sujet tant galvaudé dans le répertoire de l'époque. Pourtant, avec une candeur emprunte d'un certain humour, elles nous font parcourir la galerie des tourments qu'inflige Cupidon à son infortunée victime.
La Pastorale est dans son extrême simplicité - et pour l'auditeur d'aujourd'hui sa désarmante naïveté - une invitation à la découverte du personnage de l'amour (
Jeunes bergers, jeunes bergères / Venés répéter mes chansons...). Dès la romance n°2, il revêt son apparence mythologique de chérubin armé d'un arc, et est présenté dans toute sa duplicité (
... et dans l'amoureuse balance / Plaisir et mal sont presque égaux...). Antoine de Lhoyer se met alors en scène lui-même dans
Le troubadour. Il ne fait aucun doute que c'est de son long exil dans le nord lointain de la Russie qu'il est question dès la première strophe :
Loin de son Roi, loin de sa mie, / Un infortuné troubadour, / Pleurait sur sa triste patrie, / Sans penser la revoir un jour. La harpe du troubadour et la guitare d'Antoine de Lhoyer ne sont qu'un seul et même instrument. Et si Louise est sans doute une ancienne passion amoureuse restée en France, on ne peut s'empêcher de rajouter le chiffre XVI derrière le prénom de Louis. Pour achever de nous convaincre de sa double peine amoureuse,
de Lhoyer prend, dans la dernière strophe, les traits du célèbre Blondel de Nesle. La légende dit de ce troubadour du XIIe siècle qu'il fut un fidèle de Richard Cœur de Lion. Son roi étant en captivité après son retour de croisade, Blondel aurait réussi à le retrouver et l'aurait reconnu grâce à une romance qu'ils auraient composée ensemble.
Les huit romances qui suivent décrivent avec légèreté, et parfois humour, les différentes facettes du sentiment amoureux : l'amour délaissé, trahi ou blessé, celui qu'on croyait fini, l'amour rêvé... ainsi qu'un ironique et savoureux défilé de Cupidons en déroute :
La revue des amours.
L'épilogue de ce cheminement amoureux arrive dans la romance n° 12 intitulée...
La Romance. Ici la chanson d'amour devient « une chanson sur la chanson ». Le poète se regarde écrire et donne la « raison d'être » de la romance, chant triste et éternel (
Le Premier amant malheureux, / Fait la première romance). Il en situe les origines (De Berquin et Léonard,
La romance reçu la vie). C'est un hommage à ceux qu'il considère comme les créateurs du genre, les poètes Arnaud Berquin (1747-1791) et Nicolas Germain Léonard (1744-1793), tous deux auteurs de romances. Léonard fut d'ailleurs créateur à Versailles d'un cercle d'officiers-poètes. Il est possible qu'il y connut de Lhoyer alors Garde du Roi. Mais cette dernière strophe est précieuse pour les interprètes car Antoine de Lhoyer y donne la clé de cet univers.
Sensible, élégante, sans fard,
Elle acquis aussi son génie :
Elle ne sait pas emprunter
Les vains attraits de l'éloquence,
Il faut une âme pour goûter
La simplesse d'une romance.
C'est tout l'éclairage nécessaire pour « goûter à la simplicité de la romance » et comprendre que ce que nos esprits contemporains peuvent s'empresser de lire comme des niaiseries n'est que l'expression de la sensibilité d'une époque. Dans ce monde si intime, grâce, légèreté ou délicatesse, mais aussi humour, sont les chemins privilégiés pour s'adresser à l'âme.
À propos de cette édition
Cette édition se veut la plus proche possible de ce que montre le fac-similé de la partition originale éditée par Dalmas. La partie de guitare n'appelle pas de commentaires techniques particuliers. Nous n'y avons pas ajouté d'indications de doigtés, considérant que ceci est un élément fondamental de l'interprétation et reste donc un choix personnel des interprètes. Le travail d'interprétation devant se faire par une étroite concertation entre le guitariste et le chanteur, le choix des doigtés ne peut souvent se faire qu'à ce stade du travail. De plus, la question de l'instrument utilisé, guitare moderne ou guitare romantique, a trop d'influence sur ce paramètre. On ne trouvera donc ici que ce qui est strictement noté dans l'édition d'origine, c'est-à-dire essentiellement des indications de phrasés ou d'articulations, matérialisées par des signes de liaisons ou de notes détachées (petits points sur les notes), et des indications de nuances. Seules les incohérences ou les oublis manifestes ont été rectifiés.
Philippe Spinosi
.
Antoine de Lhoyer (1768-1852)
Guitarist, composer, Garde de la Manche du Roi, Chevalier of the Order of St. Louis and of St. Jean de Jerusalem, King's Lieutenant... This list of titles reflects the tempestuous life of Antoine de Lhoyer. Born during the reign of Louis XV, died under the regime of Napoleon III, he knew the splendor of the royal and imperial courts of Europe, the horror of battle fields, he lived through the great upheavals of the Revolution and experienced exile, home-coming, the hope of being recognized, and probably at the end of his life he suffered anxiety, poverty and hunger.
But what is most surprising about him is that through all of these adventures and misadventures he kept his guitar always with him. No matter where he was, he never abandoned his instrument and for it he left us pages of passionate music which have stayed a long time hidden in the obscurity of libraries and which we are now making available to you.
In France almost no one seems to have heard of Antoine de Lhoyer.
The real revival of recognition of this musician in his home country is essentially due to the hard work of Mr. Philippe Faure. After lengthy research into the de Lhoyer family history, he was the first to establish a detailed biography of the musician. He patiently gathered together the majority of his works, some 50 in all. Allow us to render him homage here for his great contribution to the renaissance of this piece of the musical and guitaristic patrimony of France.
A Short Biography
For a thorough knowledge of Antoine de Lhoyer's life, we recommend that you consult the complete biography now being prepared for publication by Philippe Faure.
Antoine de Lhoyer was born in Clermont-Ferrand, in 1768 in a house on the Rue Beauregard, a narrow lane situated a few steps from the cathedral. His father was lord of Clerzat, which is also the name of the other residence of Antoine's parents, the Chateau of Clerzat, located a few kilometers from Clermont-Ferrand.
Antoine spent his childhood in both places. He started studying music when he was very young on the family's harpsichord, then he switched to the guitar. One of his first teachers was probably Pierre-Jean Porro, founder of the Parisian Journal de la Guitare and a music teacher at the Royal Military School of Effiat, near Clermont. De Lhoyer moved to Paris in 1774 where he encountered players active in the busy Parisian guitar world, including Porro, and also Alberti, Pierre-Joseph Baillon, Francois Vincent Corbelin, the Merchi brothers and Vidal.
Antoine got his parents permission to take a study trip abroad to perfect his artistry. He paid visits to the major European capitals. We know that he then joined a French theater company which performed frequently in France and around Europe. While with that troupe he stayed for a long time in the court of Prince Henri of Prussia in Reinberg.
At that time Antoine de Lhoyer enjoyed an international reputation as a great virtuoso.
In 1789 he became a guard in the employment of Louis XVI. He left the elite troops shortly after the massacre of guards by the crowd that invaded Versailles on October 6, 1789.
Now Antoine began a military career in the Armies of Princes and the Armies of Condé which took him to the great battle fields of Europe. He was wounded in combat and lost the use of his right hand for three years. While still in the armys of the Princes and Condé stationed in Vienna he composed the Grande Sonata for Guitar, Op. 12, and Quatre Adagio pour Guitare avec accompagnement de violon. In 1800 the army in which he served broke up and he went on to Hamburg. There he earned a living by giving guitar lessons and publishing four sonatas and, most importantly, his concerto, Op. 16.
In 1804 he joined the court of St. Petersburg where he became one of the favorite artists of the Empress Elizabeth, wife of the Grand Duke Alexander. She gave him a very well-paid post as musician for 10 years.
This very productive period saw the creation of solo and ensemble guitar works as well as several collections of Romances for voice and guitar.
He came back to France in the service of Louis XVIII whom he served as an officer.
He wrote during that period his most beautiful works, in particular the duos, Op. 31, dedicated to the Princess of Croÿ-Solre.
Then, for unknown reasons, he was dismissed and sent to serve in the provinces, first to Niort and the Ile d'Oleron, followed by St. Florent and Bonifacio in Corsica. It was there he heard about the Revolution of 1830 and the abdication of Charles X which undoubtedly precipitated his retirement. Despite the urgent requests he sent to Paris, he had to leave Corsica and found himself destitute. His existence became more and more difficult and he died impoverished in Paris on March 15, 1852.
Recent research has turned up a little more than 40 published compositions. Most of them are kept in foreign libraries (United States, Russia, Germany...) and a few in the Bibliothèque Nationale of France.
We have found principally the following types of pieces : solo guitar, trios for flute, viola and guitar, several sonatas for violin and guitar, collections of romances for voice and guitar, a concerto for guitar and orchestra. Anchored in the classical tradition of the end of the 18th century, his abundant musical inspiration produced an attractive body of work which sets it apart from other composers of his epoch. His time spent in exile in Vienna at the time of Mozart's death and the early days of Beethoven left an undeniable mark on the character of his production.
From a formal point of view, his works often follow the classic sonata design, but he could find turns of phrase and lively rhythmic forms which lend them a special interest. Contrary to many of the guitarist-composers of his time, he knew how to utilize tonal resources and modulations. When composing for two guitars he often departs from the strict form of accompanied melody and contrapuntally integrates the two parts, never hesitating to write melodic lines in the bass. His compositions thus distinguish themselves from those of his contemporaries such as Sor and Giuliani.
Up until he returned to France in 1814 Antoine de Lhoyer played regularly on a five-string guitar. Some of his works are for the seven-string guitar, a result of his stay in Russia.
The places of publication of his works vary according to his wanderings in exile. The opuses 12 through 18 were published in Hamburg. The works immediately following appeared in Russia, and all the rest of his production, from Op. 28 through Op. 45, was printed in France. The places of publication of opuses 1 to 11 have not yet been identified.
The major works of Antoine de Lhoyer are the nine compositions for guitar duo. Here he attained the pinnacle of his art and shows a mastery and a genius for inspired instrumental writing that can attain musical heights. He mastered both the details and the overall form and never hesitated to create musical events through interruptions of character. He left us with an œuvre for guitar of a rare quality which has remained in shadow up until today for reasons somewhat mysterious.
The Romances for Voice and Guitar, Op. 24
The romance, a musical genre essentially French, underwent a vigorous development during the second half of the 18th century. The first French romances made their appearance about 1720. The romance is a poem in verse sung with instrumental accompaniment which tells with simplicity, delicacy and tenderness stories of love sickness, unrequited love and lost love in a pastoral setting dominated by nature. A touch of antiquity, very much in vogue at the time, naively completes the picture.
The most famous romance is Plaisir d'amour by Florian using a melody by Martini with guitar accompaniment by La Chabeaussière. The most celebrated musicians in the forefront of their time wrote these romances
to be performed alone or as parts of their operas. Among them were Rousseau, Cherubini (romances taken from Estelle by Florian), Gretry, Mehul (Chant d'amour et de douleur, l'Infortunée lyonaise...), Gossec (L'amour picqué par une abeille), D'Alayac, Devienne, Spontini (Toi dont l'amour d'un trait de flamme), Boieldieu (Le menestrel, Arbre charmant qui me rappelle), etc...
Other musicians built their reputations on their romances: Gaveaux (Amédée et Adèle), Garat (Eloge de l'absence, Le Ruisseau, Je l'aime tant...), Plantade, Romagnesi (Belle rose, Angelus, Rêve, Je t'aime encore...). Some women composers were important contributors to the genre: the most famous being Caroline Wuiet, Amélie Julie Périer (Rose d'amour) and Hortense de Beauharnais (Reposez-vous, beau chevalier...).
Certain famous romances became true popular songs and were sung everywhere. They were published in increasing numbers by the end of the 18th century. There is an abundance of them in the comic operas of the period. The guitar was the chief instrument for accompanying them. Berlioz, himself a guitarist, wrote them but mostly arranged a large number of them for voice and guitar. In the 19th century the romance evolved under the influence of the German lied toward French melodic style with a flexibility in the stanza form and greater refinement of text and of accompaniment. Here again Berlioz left his mark with Les Nuits d'été based on the poems of Théophile Gautier. Then Fauré and Gounod continued the movement which culminated much later with Debussy and Ravel. Though the romance is a minor genre, it is an important link in the development of French vocal music after 1780.
As a guitarist and composer Antoine de Lhoyer could not ignore this genre.
He did not, however, write a great many romances. Only four collections have been found up until now, all of them composed during his long years in exile.
Two collections date from his stay in Hamburg: Six Romances pour la guitare opus 14, dédiées à Madame Elisabeth Dreaubert, Published by Jean Auguste Bôhme, Six Romances pour la guitare opus 15, dédiées à sa Mère : Madame A.S. Lhoyer, Published by Jean Auguste Bôhme. The two others were composed at the Imperial Court of St. Petersburg: Six Romances nouvelles opus 20, Dédiées à Sa Majesté l'Impératrice Elisabeth Alexievna, Published in St. Petersburg by Dittmar, Douze Romances nouvelles opus 24, Published in St. Petersburg by Dittmar.
This edition presents the last collection. These 12 romances do not carry a dedication. They are all about love, the overworked subject of the period, but Lhoyer, with humorous candor, takes us through the gallery of torments that cupid inflicts on his unfortunate victims.
The Pastorale is, in its extreme simplicity -- and for today's listener its disarming naiveté -- an invitation to discover the personnage of love (Jeunes bergers, jeunes bergères, venés répéter mes chansons ...). In the second romance he takes on his mythological appearance as a cherub armed with a bow and is presented in all his duplicity (...et dans l'amoureuse balance Plaisir et mal sont presque égaux...). Antoine de Lhoyer puts himself on-stage in Le Troubadour. There is no doubt that it is about his long exile in the far north of Russia that he speaks in the first stanza: Loin de son Roi, loin de sa mie, / Un infortuné troubadour, /Pleurait sur sa triste patrie, / Sans penser la revoir un jour. The troubadour's harp and de Lhoyer's guitar are one and the same instrument. And if Louise is undoubtedly a former lover who remained in France, it is hard to resist the temptation to put a number XVI after the name Louis. De Lhoyer succeeds in convincing us of his double amorous woe by taking on the traits of the famous Blondel de Nesle.
Legend has it that this 12th century troubadour was a faithful follower of Richard the Lion-Hearted. His king was captured when he came back after a crusade and Blondel was able to find him and recognize him thanks to a romance that they composed together.
The following eight romances playfully and humorously describe the different facets of the amorous sentiment: love abandoned, betrayed, wounded, believed to be over, dreamed about...as well as a deliciously ironic parade of cupids beating a retreat in La Revue des amours .
The epilogue to this progression of love comes in the romance number 12 entitled... La Romance.
Here a love song becomes "a song about song." The poet sees himself writing and gives the raison d'être of the romance, the sad and eternal lament (Le Premier amant malheureux, Fait la première romance). He identifies its origins (De Berquin et Léonard, La romance reçu la vie ). This is a homage to those who he considers as the creators of the genre, the poets Arnaud Berquin (1747-1791) and Nicolas Germain Léonard (1744-1793), both of them authors of romances. Léonard was also the founder of a circle of officers-poets at Versailles. It is possible that he met de Lhoyer there when he was in the king's guard. This last stanza is particularly valuable for performers of romances for here Antoine de Lhoyer gives the key to that world.
Sensible, élégante, sans fard,
Elle acquis aussi son génie:
Elle ne sait pas emprunter
Les vains attraits de l'éloquence,
Il faut une âme pour goûter
La simplesse d'une romance
That is all the explanation necessary to "taste the simplicity of the romance" and to understand that what our modern spirits hasten to read as inanities is simply the expression of the sensibility of an epoch. In this highly intimate world, grace, lightness, delicacy, along with humor, are the privileged means by which the soul is touched.
About this edition
This edition is intended to be as close as possible to the facsimile of the original score published by Dalmas. The guitar part does not call for any special technical commentary. We have not added fingerings, considering this a fundamental element of interpretation which should be left up to the performer. The preparatory work for a performance should be done with strict consultation between the guitarist and the singer, and the choice of fingerings can usually only be done at this stage. In addition, the question of which instrument to use, the modern guitar or the romantic guitar, has too much influence on this matter. In this edition you will find just those phrase markings or articulations, reproduced as tie signs or as detached notes (dots on the notes) and indications of nuances, as they appear in the original edition. Only incoherent parts and obvious forgotten parts have been rectified.
Philippe Spinosi
Traduction : Robert Page